Le 31 octobre 2018, nous avons décollé de Paris. Les enfants espéraient qu’Halloween s’invite dans l’avion, que le pilote joue le jeu, que quelque chose d’extraordinaire se produise à 10 000 mètres d’altitude.
Rien. Un vol parfaitement classique. Et pourtant, c’est ce jour-là que notre tour du monde a réellement commencé.
La Thaïlande s’est imposée presque par hasard. Nous ne savions pas par où débuter. Ce sont les billets d’avion qui ont décidé pour nous. Et finalement, c’était évident. C’était déjà le tout premier pays que les enfants avaient découvert, tout petits. Un territoire familier, simple, accueillant. Une façon douce d’entrer dans l’inconnu.
Nous avions une idée claire : après ce premier vol, privilégier les transports terrestres. Bus, trains, bateaux. Prendre le temps. Traverser plutôt que survoler.
Bangkok, retrouver l’énergie
À Bangkok, nous avons retrouvé des amis et laissé le décalage horaire s’estomper doucement. Bangkok est une ville qui ne vous laisse pas indifférent. Elle vous réveille.
Comme souvent chez nous, le voyage commence par la nourriture. Les marchés de nuit, les odeurs de coriandre et de citronnelle, les brochettes grillées, les soupes brûlantes. Goûter, comparer, rire.
Nous avons visité les temples et découvert la culture bouddhiste autrement. C’est ici que les enfants ont compris quelque chose d’essentiel : on adapte sa tenue vestimentaire à la culture et aux croyances du lieu. Épaules couvertes, jambes dissimulées, respect du sacré. Le vêtement n’est pas anodin. Il est un signe d’attention au monde.
Le Kanchanaburi pour apprendre l’histoire autrement
Direction l’ouest, vers Kanchanaburi. Jungle, rivières, silence.
Nous voulions leur montrer le Hellfire Pass et le pont de la River Kwai. Cette voie ferrée construite pendant la Seconde Guerre mondiale par des prisonniers de guerre dans des conditions terribles. Marcher sur ces lieux donne une autre dimension à l’histoire. Elle devient concrète, incarnée. On ne l’apprend plus, on la ressent.
Nous avons randonné dans la jungle, nagé dans les cascades d’Erawan, ri en plongeant les pieds dans l’eau pour laisser les petits poissons curieux picorer la peau. C’est là aussi que nous avons découvert ces arbres entourés de tissus colorés : des arbres consacrés, parfois appelés “arbres ordonnés”, que les moines bouddhistes bénissent et drapent d’étoffes pour les protéger de l’abattage. Une manière spirituelle de sanctuariser la nature.
C’est ici aussi que nous avons pris des cours de cuisine thaïe. Découper, piler, mélanger. Comprendre l’équilibre entre le sucré, le salé, l’acide et le pimenté.
Et puis il y a eu l’anniversaire d’Oscar. Une surprise improbable : un parc aquatique perdu au milieu de nulle part. Presque vide. Absurde et joyeux. Le genre de souvenir qui ne s’invente pas.
Chiang Mai pour la fête des lumières
Nous avons rejoint Chiang Mai en train. Les trajets en transports en commun sont devenus nos salles de classe improvisées. Cahiers ouverts, paysages qui défilent.
Nous voulions être là pour Yi Peng, la fête des lanternes célestes, célébrée en même temps que Loi Krathong. Cette tradition trouve ses racines dans le nord du pays, influencée par l’ancienne culture du royaume de Lanna. Les lanternes s’élèvent dans le ciel pour symboliser le lâcher-prise, l’abandon des mauvais esprits et des regrets.
Des milliers de points lumineux suspendus dans la nuit. Un silence collectif. Un moment presque irréel. Féerique, oui, mais surtout profondément symbolique.
À Chiang Mai, j’ai aussi découvert les vêtements du peuple Hmong (souvent écrit Mong). Originaires des montagnes d’Asie du Sud-Est, les Hmong sont connus pour leurs textiles vibrants : broderies minutieuses, superpositions de tissus, couleurs intenses, motifs géométriques. Chaque vêtement raconte une appartenance, une histoire, une identité. Rien n’est décoratif par hasard.
Pour moi, c’était une révélation visuelle. Un rappel que le vêtement peut être mémoire.
Nous avons aussi visité le musée des illusions, ri comme des enfants, perdu nos repères visuels. Voyager, c’est aussi accepter d’être déstabilisé.
Chiang Rai et ses trois visions contemporaines du sacré
Plus au nord, à Chiang Rai, nous avons découvert trois temples singuliers.
Le Wat Rong Khun, surnommé le Temple blanc, imaginé par l’artiste Chalermchai Kositpipat. Blanc éclatant, presque irréel, il mêle symboles bouddhistes traditionnels et références contemporaines. Une œuvre en constante évolution.
Le Wat Rong Suea Ten, le Temple bleu, d’un bleu profond et lumineux, plus récent, impressionne par l’intensité de ses couleurs et la modernité de son esthétique.
Et le Baan Dam Museum, souvent appelé Temple noir, création de l’artiste Thawan Duchanee. Une accumulation sombre de bâtiments en bois, d’objets, de sculptures, qui interroge davantage qu’elle ne rassure.
Trois visions du sacré. Trois interprétations contemporaines d’une spiritualité ancienne.
La Thaïlande a été notre tremplin. Une manière de nous acclimater. De reprendre confiance dans le mouvement. D’accepter l’incertitude.
Ce premier pays n’était pas un choc brutal. C’était une transition. Une montée en énergie avant de poursuivre vers le Laos, en descendant le Mékong pendant deux jours — mais cela appartiendra au prochain chapitre.
Avec le recul, je comprends pourquoi ce choix “hasardeux” était juste. La Thaïlande nous a offert un atterrissage en douceur. Elle nous a appris à observer, à nous adapter, à respecter.
Et surtout, elle nous a rappelé que le voyage commence toujours bien avant la frontière suivante. Il commence le jour où l’on décide de partir.





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