On croit souvent connaître le Vietnam avant d’y aller. Quelques images fortes : des rizières, des chapeaux coniques, des scooters. Puis on arrive. Et tout devient plus dense, plus vivant, plus subtil.
Ce voyage a été une immersion dans un quotidien cohérent, intelligent, profondément adapté à son environnement. Ce qui nous a marqués, ce ne sont pas seulement les paysages, mais la manière dont les gens vivent, se déplacent, mangent, s’habillent, transmettent. Le Vietnam s’installe par accumulation de détails.
Le Vietnam s’est dessiné pour nous du sud vers le nord. Une traversée progressive, marquée par des contrastes puissants, mais surtout par une multitude de détails du quotidien qui donnent au pays sa cohérence.
Ho Chi Minh-Ville — une ville qui bouillonne
À Hô Chi Minh-Ville, tout est en mouvement. Les scooters forment un flux continu, presque hypnotique. Depuis 2007, le casque est obligatoire. Il est devenu un objet du quotidien, parfois coloré, graphique, presque ludique. Quand on vit sur un scooter, l’accessoire fait partie de l’identité visuelle. Des familles entières circulent à deux roues, des cargaisons improbables tiennent en équilibre parfait, les feux rouges semblent être des suggestions plus que des règles. La ville est dense, verticale, électrique. Elle vibre en permanence. On traverse la rue en s’insérant dans le flot, sans hésiter. C’est une question de rythme.
C’est là que nous avons vécu notre tout premier Noël hors de France. Sous les palmiers et la chaleur tropicale, les décorations lumineuses et les sapins artificiels créaient un contraste troublant. Pas de froid, pas de manteaux, pas de nos repères habituels. Un Noël joyeux mais décalé, qui marquait réellement le début de notre vie ailleurs.
Hoi An — le Nouvel An sous les lanternes
À Hội An, l’atmosphère change radicalement. Les façades ocre, les lanternes suspendues, la rivière qui reflète la lumière.
Nous y avons célébré le passage au Nouvel An. La ville était recouverte de lanternes. Des bougies flottaient sur l’eau. La foule était dense mais paisible. Et le feu d’artifice fut spectaculaire, l’un des plus impressionnants que nous ayons vus. Après le Noël tropical du sud, ce Nouvel An lumineux fut un second moment fort, chargé d’émotion.
Ici aussi, le deux-roues domine : vélos, scooters, cyclo-pousses. Le rythme est plus lent, mais toujours fluide.
Ninh Binh — rizières, grottes et émerveillement
À Ninh Binh, autour de Tam Coc et Tràng An, nous avons découvert la “baie d’Halong terrestre”.
Les formations calcaires surgissent au milieu des rizières. Nous étions tous les quatre dans les barques, émerveillés, à lever les yeux vers ces grandes falaises abruptes. C’était impressionnant, presque irréel. On traverse des grottes, on ressort dans la lumière, entourés de ces monts vertigineux. La nature est spectaculaire, mais proche.
Nous nous sommes aussi promenés à vélo dans la campagne, au milieu des rizières, sur de petites routes paisibles. Ce rythme lent permettait d’observer les détails : les silhouettes protégées par le Nón lá, les gestes répétés dans les champs, la simplicité du quotidien.
C’est également ici que j’ai eu une discussion avec une vieille dame à propos de l’eau de riz, un rituel beauté traditionnel pour soigner les cheveux, dont je parle plus en détail sur le blog.
La cuisine — fraîche, vivante, essentielle
La cuisine vietnamienne n’est pas seulement bonne, elle est vivante. Chaque repas ressemble à une composition fraîchement assemblée. Le Phở arrive fumant, parfumé, profond. Le Bánh mì croustille sous la dent avant de révéler des herbes fraîches et des condiments vibrants.
Mais ce qui marque vraiment, c’est cette profusion d’herbes : coriandre, menthe, basilic thaï, citronnelle. On ajoute, on ajuste, on équilibre. Les plats ne sont jamais figés. Ils se construisent au dernier moment, selon l’envie, selon le goût.
Il y a toujours une tension subtile entre le chaud et le frais, le croquant et le tendre, l’acide et le sucré. Rien n’est lourd. Tout est précis, lumineux, presque aérien. On sort de table léger, mais profondément satisfait.
Hanoï — densité et transition
À Hanoï, l’énergie revient. Circulation dense, rues étroites, vie permanente. La ville marque une transition avant de rejoindre le nord montagneux.
Sa Pa — brume, bambous et textile
À Sa Pa, c’était l’hiver. Brouillard épais. Rizières en terrasses à demi visibles. Nous avons randonné dans la montagne, traversé des villages, marché dans des forêts de bambous. Le paysage se révélait par fragments.
C’est là que j’ai rencontré une couturière qui m’a confectionné une nappe magnifique, mêlant motifs inspirés des textiles Hmong et insertions très colorées. Un travail précis, vibrant, profondément enraciné dans la culture locale. Cette pièce me ramène instantanément à la brume, aux montagnes et aux savoir-faire artisanaux.
Le Vietnam est un pays où la fonction devient esthétique, où la nécessité crée du style, où la tradition s’inscrit naturellement dans le présent.
Le deux-roues structure les villes. Le Nón lá protège et dessine les silhouettes. Les herbes fraîches donnent le ton des repas. Les savoir-faire textiles traversent les générations. Même un simple échange au bord d’une rizière peut ouvrir une porte vers une autre compréhension du soin et de la transmission.
Si l’on accepte de ralentir, d’observer et d’entrer dans le rythme vietnamien, il révèle une richesse silencieuse et profondément inspirante.





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